Situé près de la Hofburg de Vienne, le Karlskirche, ou l’Eglise de St. Charles, et une structure importante de Vienne. C’était la structure la plus imposante que l’empereur Charles VI avait commandé pendant son reine, et un des chef-d’œuvres les plus importants de l’architecte Johann Bernhard Fischer. Fait comme un hommage au St. Charles après la peste de 1713, elle est aussi un symbole important de la puissance de l’église dans l’empire Autrichien. Nous allons discuter comment cette église est un symbole de puissance de la monarchie et de l’église, en même temps. Nous verrons d’abord l’histoire de la construction de l’église, qui sera suivi par une évaluation de l’église comme symbole de puissance des Habsbourgs et ensuite comme symbole de puissance de l’église.
La décision de construire cette église est prise par Charles VI pour remercier St. Charles pour son rôle de protecteur de Vienne, juste après la Peste de 1713. Le roi a créé une compétition pour le plan de l’église et dans la fin d’année 1715, il a choisi Johann Bernhard Fischer.[1] La pierre de fondation a été placée en 1716.
Fischer était le fils d’un sculpteur d’un grand atelier de Graz. Pendant sa jeunesse, il s’est installé en Italie pour poursuivre et améliorer sa formation de sculpteur. A Rome, il a travaillé dans l’atelier de Johann Paul Schor. Pendant ce période, il s’est tourné rapidement vers l’architecture, intéressé par les monuments anciens. Les idées des architectes italiens correspondaient parfaitement aux tendances dominantes de l’architecture autrichienne, qui avait été durablement influencée par le baroque italien.[2] Après son séjour en Italie, Fischer a reçu une commande du prince archevêque de Salzbourg, Johann Ernt von Thun, en 1694. Fischer devait construire l’église de la Trinité dans Salzbourg, et il l’a commencé avec l’esprit de faire de Salzbourg la « Rome du Nord ». Il a intégré de nouveaux édifices dans le paysage urbain de façon esthétique et fonctionnelle, et a montré qu’il s’agissait donc d’un problème d’urbanisme. Von Thun était fasciné par la construction et a donné deux autres commandes à l’architecte.[3] Fischer sera reconnu comme le fondateur de Baroque Autriche. Il a réussi à créer un nouveau style en mélangeant les styles de Baroque du Haute Romain, l’architecture Française du XVIIe siècle et le style Italien populaire en Autriche.
L’empereur Charles VI avait été séduit par la majesté des réalisations de Fischer à Salzbourg, l’église de la Sainte Trinité et l’église collégiale, qu’il estimait supérieur à la nouvelle église Saint-Pierre, édifiée par Hildenbrandt. C’est peut-être le meilleure l’explication de la décision de le roi de utiliser Fischer au lieu de l’architecte officiel de la Cour Impériale, Hildenbrandt. Hildenbrandt était connu aussi pour ses châteaux et résidences pour la noblesse, mais le style somptueux et grandiose de Fischer était plus proche de la goûte d’un roi.
Pour le plan, Fischer s’est inspiré de ses plans imaginaires favoris. On les trouve dans son Esquisse d’une architecture historique. Le fronton antique et les colonnes triomphales sont traités comme un « décor mobile », ce qui donne l’impression qu’ils sont sortis d’un « catalogue d’architecture imaginaire. »[4] Le plan final est différent du plan original de Fischer, parce qu’il est mort avant qu’on pouvait voir son résultat final. Il est mort en 1723 c’est son fils, Joseph Emmanuel, qui a fini son projet.[5] Il a modifié la coupole et quelques autres parties de l’église, mais il tout en essayant de respecter le concept de son père.
L’église était finie en 1739. Le résultat final est une église somptueuse en style baroque populaire de cette époque. L’édifice est surmonté d’une haute coupole sur tambour et précédé d’un portique classique, flanqué de deux colonnes trajanes. La coupole se trouvait au centre des réflexions de Fischer. L’ovale forme le cœur de la composition. C’est au-dessus de lui que s’élève la coupole dotée d’un haut tambour. La nef de l’église semble à la fois se perdre dans les profondeurs et s’élancer vers le sommet. Autour de l’ovale s’ordonnent le chouer, les chapelles, les sacristies et les annexes.[6]
La construction de l’église était importante pour Charles VI car elle était une image de sa position comme roi puissant de la Monarchie. Il a perdu la couronne de l’Espagne, et pendant toute sa vie, il cherchait créer une image d’un roi Espagnol, entouré par des conseillers qui partageaient son opinion selon laquelle les Habsbourgs étaient les vrais successeurs du trône espagnol. Aussi, pendant cette période la noblesse de la Monarchie réalisait rapidement de nouvelles résidences grandioses de style baroque. On s’efforçait surtout de ne pas donner au peuple l’image d’une souveraineté qui s’adonnait aux seuls plaisirs. À cette époque, un dessin circulait dans Vienne, qui montrait la résidence des Habsbourg comme un palais du gothique tardif. Les implications militaires dans la guerre de Succession de l’Espagne (1701-1711) ou encore les batailles répétées contre les Turcs, notamment à Belgrade, avaient vidé les caisses de l’état.[7] Mais malgré ces difficultés économiques, Charles VI a décidé qu’il était nécessaire de montrer la puissance des Habsbourgs face à cette nouvelle tendance d’architecture baroque, avec une église grandiose.
Le placement de l’église était choisi par le roi pour montrer à tout le monde le lien entre l’église et la monarchie. Sa façade était face à la Hofburg, aujourd'hui on ne la voit pas à cause du bâtiment principal de la Ringstrasse, construit dans le XIXe siècle. A l’époque, la façade principale regardait la Hofburg et devait être l’aboutissement d’une avenue par où la Cour aurait pu faire ses entrées solennelles dans le sanctuaire de grandes fêtes.[8] Donc, il était sure que le roi pouvait montrer ses constructions grandioses, et comme ça laisser un testament qu’il peut être au même niveau que la noblesse pendant cette période de construction frénétique.
Les deux colonnes, la colonne de la Vierge et la colonne de la Peste, sont un symbole important du pouvoir de Charles VI. Ces colonnes « salomoniennes » en spirale sont une évocation du temple de Salomon dans l’Ancien Testament, et, dans le même temps, de l’entreprise du roi et empereur d’Espagne Charles V.[9] Ces colonnes sont comme une allusion des colonnes d’Hercule, que les enlèvent au statut de symbole du monde civilisée de les Habsbourgs. Il y a aussi une similarité entre ces colonnes, la colonne de Troie et celle de Marc Aurèle, ce qui fait référence aux temps heureux et pacifique de la Roma aeterna.[10] Les deux colonnes portent un aigle et une couronne, les symboles de l’empereur. Il y a une ressemblance avec l’église Hagia Sophie à Istanbul et les colonnes de fer de Jérusalem. Cette allusion montre la similitude que Charles VI voulait montrer de son empire avec les anciens grands empires, et aussi pour célébrer sa victoire contre les Turcs. Les colonnes portent aussi les devises de Charles VI (Constatia et fortitudine) et de Charles V (plus oultre).[11] On voit, donc, que ces deux colonnes étaient construites comme un symbole du statut de Charles VI comme vrai empereur.
Le frontispice de la Karlskirche contient ainsi le message politique de Charles VI, explosif en pleine guerre de Succession d’Espagne : « Charles VI, l’empereur chrétien de la paix, revendique ici son droit sur la couronne d’Espagne, alors passée entre les mains des Bourbons »[12] On voit encore l’obsession de Charles VI avec la revendication de la perte de sa couronne d’Espagne. Il ne va finalement jamais accepter cet échec.
Grâce au Karlskirche, le baroque est devenu le style qui manifeste la grandeur de la Monarchie. Cette association s’impose à tel point que, plus d’un siècle plus tard, François-Joseph la retrouvera naturellement quand, face à la poussée des forces dissolvantes du libéralisme et du nationalisme, il lancera un programme architectural pour affirmer la pérennité de l’ensemble habsbourgeois.[13]
Mais une église n’est pas la même chose qu’un palais. Il était aussi nécessaire de construire le Karlskirche comme un symbole de la présence de religion dans la monarchie. Les colonnes servent aussi comme un symbole religieux. Les spirales montrent des scènes de la vie de St Charles Borromée et les miracles qu’il a fait après sa mort. On voit des statues qui symbolisent les vertus de St. Charles au-dessus, entre les colonnes. Dans le centre, au-dessus des autres, on voit le saint comme un intercesseur en faveur de l’humanité, un symbole de la vertu de charité. Les deux autres statuts sont des allégories pour les deux autres vertus : la foi et l’espérance.[14]
Fischer était influencé par de nombreux monuments religieux pendant son travail sur le Karlskirche. On voit l’influence du Temple de Jérusalem, le Temple que tous les architectes de l’époque voyaient comme la fondation de tous les bâtiments religieux d’Europe. Il y a aussi une ressemblance avec d’autres bâtiments religieux de l’Europe : la Basilique de St. Peter à Rome, l’église des Minimes de François Masart, et le Dôme des Invalides.[15] Fischer voulait créer une église qui va être considérée comme une importante structure religieuse, comparable à celles qui l’ont influencé.
A l’intérieur, on voit la même glorification du Saint. La fresque de la coupole est une œuvre fait par Johann Michael Rottmayr : elle montre saint Charles Borromée et la Vierge paraissaient devant Dieu lui priant de chasser la peste de Vienne. La fresque est faite comme une trompe d’œil. La couleur de vieux rose discret et des tons bleus sont choisis pour prolonger l’architecture dans la peinture et les cadres des oculaires dans la coupole donnent ainsi l’illusion de se fondre dans la structure du tambour. Les groupes de figures sont placés sur les nuages, créant ainsi un rythme avec les oculaires. Tous les détails servent pour créer un effet qui va choquer le spectateur avec l’effet de le placer au bas de paradis et Dieu. Apres avoir franchi le seuil de l’église, le visiteur lève les yeux et reçoit la lumière grâce à laquelle l’architecture déploie son mouvement.[16]
Donc, on voit comment Charles VI et l’architecte Fischer ont réussi à créer une église qui servent aux deux fonctions : la glorification de l’empereur et la glorification d’un Saint et la religion. C’est aussi intéressant de noter que tous le sujets de la glorification portent le prénom de Charles : Charles VI, Charles V, et St. Charles Borromée. L’empereur a vraiment trouvé une méthode parfaite à montrer les liens entre la monarchie et l’église, à donner une impression de grandeur et de puissance aux deux. Et en même temps, il a réussi à faire un avancé de l’art baroque de son temps et de montrer que l’empereur n’était derrière la noblesse dans le domaine d’architecture populaire.
[1] Edward Crankshaw, The Hapsburgs, Librex Milano, 1971
[2] Rolf Toman,
[3] Rolf Toman,
[4] Rolf Toman,
[5] Peter Csendes, Historical Dictionary of
[6] Rolf Toman,
[7] Rolf Toman,
[8] Anton Macku, Vienne
[9] Rolf Toman, Vienne, Art et Architecture
[10] Rolf Toman, Vienne, Art et Architecture
[11] Edward Crankshaw, The Hapsburgs
[12] Rolf Toman,
[13] Anton Macku, Vienne
[14] Peter Csendes, Historical Dictionary of
[15] Peter Csendes, Historical Dictionary of
[16] Rolf Toman,
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